Lest we forget what we came here to do Sons of Kemet

le Chroniques , ,

Sons of KemetQui de l’œuf ou de la poule ? Quel fut mon 1er contact avec ce « brass band de poche surgonflé » (emprunt – très juste – à la presse musicale) ? La scène ? l’enregistrement ? Peu importe à vrai dire, car c’est leur programmation au festival Tempo Rives d’Angers 2016 qui a suscité ma curiosité et mon envie de les découvrir en CD, donc, de l’œuf ou de la poule, après tout…

Ce groupe est drivé par Shabaka Hutchings (sax ténor, scène anglaise), qui compte dans son carnet d’adresses Mulatu Astaké, The Heliocentrics, Soweto Kinch… Bref : le gratin du jazz à inspirations variables. Mais comme toute formation de jazz qui se respecte, il serait dommage de s’arrêter au leader, d’autant plus qu’ici, la formation se révèle des plus atypiques. On y trouve Oren Marshall et son tuba, improvisateur hors-pair, recruté dernièrement par Charlie Haden… & Radiohead, s’il vous plait. Mais aussi, côté section rythmique, deux batteurs ! : Tom Skinner & surtout Seb Rochfort, qui est pour moi l’un des batteurs les plus stimulants à suivre (Acoustic Ladyland, Polar Bear, Andy Sheppard…).
Les couleurs de ce quatuor représentent un formidable kaléidoscope : jazz, hip-hop, ethio-jazz, musiques des Caraïbes (carnavals d’Haïti, La Barbade…), traditions de la New Orleans, rythmes d’Afrique de l’Ouest, et même la civilisation égyptienne en ligne de mire… Une musique transversale donc, mais toujours avec pour point de repère ces fameuses rythmiques africaines : les deux batteurs jouent de leurs toms comme des tambours, en écho aux scansions de la section cuivres.

Le groupe joue ainsi avec une économie de moyens (cf leur concert à Tempo Rives : la formule « live » est sobre, mis à part l’effet « 2 batteries » bien-sûr !), mais ils ont une faculté prodigieuse à créer la transe, tout en y ajoutant les nombreux accents musicaux divers sus-cités. On navigue ainsi entre la cérémonie incantatoire du spiritual jazz, et la pulsation festive du jazz New Orleans. Un grand écart qui permettra de contenter aussi bien les amateurs de jazz ethnique qu’un nouveau public « émergeant », à la recherche d’expériences musicales « directes », en faisant notamment écho aux musiques qu’ils ont déjà écoutées (musiques afro-américaines, rythmiques africaines et caribéennes, et fanfares de rues).